Les années ont érodé le monument de Ouakam, qui présente désormais des fissures dans sa structure et des vitres cassées. Malgré cela, il demeure un site incontournable pour les touristes de Dakar.
Depuis sa base, la statue continue de susciter l’admiration. Un homme à moitié nu émerge de la colline, portant une femme dans un de ses bras et tenant un enfant dans l’autre, tendu vers l’océan. Il faut gravir les 198 marches du grand escalier pour examiner de près l’érosion. Des flaques verdâtres serpentent le long des corps, effaçant progressivement la teinte brune d’origine. Le socle porte quant à lui la trace du vent salé.
La visite s’achève au dernier étage, aménagé dans la tête de l’homme. Ses hublots offrent l’une des plus belles vues sur la presqu’île du Cap-Vert. Plusieurs sont cassés et c’est à travers des vitres brisées ou manquantes qu’on découvre la ville.
En 2015, cinq ans seulement après l’inauguration, le 3 avril 2010, on constatait que l’air marin attaquait le cuivre, qui commençait à verdir. Deux ans plus tard, l’administrateur Biram Mbarou Diouf présentait la situation sous un autre jour. Selon lui, le métal changeait simplement de couleur, comme les concepteurs l’avaient prévu, et les autorités avaient décidé de ne pas freiner ce processus. Il estimait la durée de vie de l’ouvrage à au moins 1 200 ans.
Cette explication tient en partie. Avec le temps, la patine protège le bronze et lui donne une couleur stable, à condition de se former de façon homogène, ce que les coulures actuelles ne montrent pas. Elle n’explique ni les hublots brisés ni le socle abîmé.
Paris a longtemps détesté la tour Eiffel. En 1887, des artistes et des écrivains publiaient une protestation contre une construction qu’ils jugeaient inutile et monstrueuse. Devenue l’emblème de la France, la tour est repeinte régulièrement depuis plus d’un siècle, lors de campagnes qui s’étalent sur des mois.
À New York, le cuivre de la statue de la Liberté a viré du brun au vert en quelques décennies, et cette patine a été conservée. La statue a pourtant été entièrement restaurée pour son centenaire, en 1986, et son entretien relève d’un service fédéral. Dans la ville de Rio de Janeiro, le Christ Rédempteur est soigneusement entretenu et rénové chaque fois que c’est nécessaire, en particulier après les éclairs qui causent des dommages à ses doigts et à sa tête. Dans ces trois villes, les travaux sont planifiés et financés.
Le projet a divisé. Son coût, dans un pays aux besoins pressants, a été dénoncé dès le départ, et le recours à l’atelier nord-coréen Mansudae a choqué une partie de l’opinion. Abdoulaye Wade réclamait en outre une part des recettes au titre de ses droits d’auteur, et des manifestations ont précédé l’inauguration.
Quatorze ans après, beaucoup de visiteurs qui passent à Dakar font le détour par les Mamelles. L’esplanade accueille même des concerts. Quel que soit le jugement que l’on porte sur sa construction, le monument fait maintenant partie du paysage de la capitale. Le laisser se dégrader ne corrigerait rien des choix de 2010 et gaspillerait l’argent déjà dépensé, au détriment de l’image de Dakar.
Une intervention de dernière minute ne réglera rien. Il est essentiel d’effectuer un examen exhaustif de la structure. Le bronze, le socle, les vitrages ainsi que la sécurité des espaces ouverts au public font partie de la préoccupation.
Les hublots de la tête représentent l’urgence la plus visible pour les personnes qui arrivent au sommet. Pour le bronze, deux options existent : le nettoyer, puis le protéger, ou laisser la patine se former sous surveillance. Les experts en conservation des métaux devront prendre en compte l’air salin qui balaie la colline toute l’année lorsqu’ils prendront leur décision.
Le site perçoit des droits d’entrée et employait au moins quarante personnes en 2022, selon son administrateur. La part de ces recettes consacrée à la statue devrait être rendue publique. La visite pourrait aussi s’enrichir de panneaux retraçant l’histoire du monument, débats compris.
Le travail ne s’arrêtera pas avec les Jeux. Les inspections doivent figurer au planning annuel, à dates fixes et avec un budget réservé, afin d’intervenir avant que l’usure ne saute aux yeux. Jusqu’ici, les réparations attendent les grandes occasions, et des années s’écoulent entre l’apparition des dégâts et leur prise en charge.
En attendant, les touristes quittent les Mamelles en emportant leurs photos. Beaucoup d’entre elles sont ensuite publiées sur les réseaux sociaux ou sur des sites d’avis de voyageurs. Les coulures de bronze et les vitres cassées ont ainsi fait le tour du monde bien avant d’arriver sur le bureau d’un décideur.
Avec les JOJ, ces images vont se multiplier et resteront en ligne longtemps après le remplacement des hublots. C’est donc une bonne raison de programmer l’entretien annuel, sans attendre la prochaine grande échéance.
Paul Sedar Ndiaye (Enseignant-Chercheur-Ecrivain)
Depuis sa base, la statue continue de susciter l’admiration. Un homme à moitié nu émerge de la colline, portant une femme dans un de ses bras et tenant un enfant dans l’autre, tendu vers l’océan. Il faut gravir les 198 marches du grand escalier pour examiner de près l’érosion. Des flaques verdâtres serpentent le long des corps, effaçant progressivement la teinte brune d’origine. Le socle porte quant à lui la trace du vent salé.
La visite s’achève au dernier étage, aménagé dans la tête de l’homme. Ses hublots offrent l’une des plus belles vues sur la presqu’île du Cap-Vert. Plusieurs sont cassés et c’est à travers des vitres brisées ou manquantes qu’on découvre la ville.
En 2015, cinq ans seulement après l’inauguration, le 3 avril 2010, on constatait que l’air marin attaquait le cuivre, qui commençait à verdir. Deux ans plus tard, l’administrateur Biram Mbarou Diouf présentait la situation sous un autre jour. Selon lui, le métal changeait simplement de couleur, comme les concepteurs l’avaient prévu, et les autorités avaient décidé de ne pas freiner ce processus. Il estimait la durée de vie de l’ouvrage à au moins 1 200 ans.
Cette explication tient en partie. Avec le temps, la patine protège le bronze et lui donne une couleur stable, à condition de se former de façon homogène, ce que les coulures actuelles ne montrent pas. Elle n’explique ni les hublots brisés ni le socle abîmé.
Paris a longtemps détesté la tour Eiffel. En 1887, des artistes et des écrivains publiaient une protestation contre une construction qu’ils jugeaient inutile et monstrueuse. Devenue l’emblème de la France, la tour est repeinte régulièrement depuis plus d’un siècle, lors de campagnes qui s’étalent sur des mois.
À New York, le cuivre de la statue de la Liberté a viré du brun au vert en quelques décennies, et cette patine a été conservée. La statue a pourtant été entièrement restaurée pour son centenaire, en 1986, et son entretien relève d’un service fédéral. Dans la ville de Rio de Janeiro, le Christ Rédempteur est soigneusement entretenu et rénové chaque fois que c’est nécessaire, en particulier après les éclairs qui causent des dommages à ses doigts et à sa tête. Dans ces trois villes, les travaux sont planifiés et financés.
Le projet a divisé. Son coût, dans un pays aux besoins pressants, a été dénoncé dès le départ, et le recours à l’atelier nord-coréen Mansudae a choqué une partie de l’opinion. Abdoulaye Wade réclamait en outre une part des recettes au titre de ses droits d’auteur, et des manifestations ont précédé l’inauguration.
Quatorze ans après, beaucoup de visiteurs qui passent à Dakar font le détour par les Mamelles. L’esplanade accueille même des concerts. Quel que soit le jugement que l’on porte sur sa construction, le monument fait maintenant partie du paysage de la capitale. Le laisser se dégrader ne corrigerait rien des choix de 2010 et gaspillerait l’argent déjà dépensé, au détriment de l’image de Dakar.
Une intervention de dernière minute ne réglera rien. Il est essentiel d’effectuer un examen exhaustif de la structure. Le bronze, le socle, les vitrages ainsi que la sécurité des espaces ouverts au public font partie de la préoccupation.
Les hublots de la tête représentent l’urgence la plus visible pour les personnes qui arrivent au sommet. Pour le bronze, deux options existent : le nettoyer, puis le protéger, ou laisser la patine se former sous surveillance. Les experts en conservation des métaux devront prendre en compte l’air salin qui balaie la colline toute l’année lorsqu’ils prendront leur décision.
Le site perçoit des droits d’entrée et employait au moins quarante personnes en 2022, selon son administrateur. La part de ces recettes consacrée à la statue devrait être rendue publique. La visite pourrait aussi s’enrichir de panneaux retraçant l’histoire du monument, débats compris.
Le travail ne s’arrêtera pas avec les Jeux. Les inspections doivent figurer au planning annuel, à dates fixes et avec un budget réservé, afin d’intervenir avant que l’usure ne saute aux yeux. Jusqu’ici, les réparations attendent les grandes occasions, et des années s’écoulent entre l’apparition des dégâts et leur prise en charge.
En attendant, les touristes quittent les Mamelles en emportant leurs photos. Beaucoup d’entre elles sont ensuite publiées sur les réseaux sociaux ou sur des sites d’avis de voyageurs. Les coulures de bronze et les vitres cassées ont ainsi fait le tour du monde bien avant d’arriver sur le bureau d’un décideur.
Avec les JOJ, ces images vont se multiplier et resteront en ligne longtemps après le remplacement des hublots. C’est donc une bonne raison de programmer l’entretien annuel, sans attendre la prochaine grande échéance.
Paul Sedar Ndiaye (Enseignant-Chercheur-Ecrivain)
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